FEMINA Sex toys: Marina aime les sucettes | 12 septembre 2010

Femina.ch - Le site des femmes romandes  Par Julien Burri / Photos: mercedes Riedy  LA VIE DES PEOPLE

Marina aime les sucettes Cette ancienne infirmière a fondé un sex-shop en ligne, «Bonbon rose». Une entreprise florissante et

atypique. Marina ouvre la porte de son appartement lausannois, pieds nus, et nous guide jusqu’à son balcon. Ce matin, ses deux enfants ne sont pas là. Laurent, son mari, nous propose un café et retourne travailler devant son ordinateur. L’ambiance est décontractée. Rien n’indique qu’on vient de pénétrer dans les bureaux d’un site Internet de vente de jouets coquins. Fondé par Marina il y a cinq ans, www.bonbonrose.ch est en pleine expansion. Il totalise plus de deux cents visites par jour et son chiffre d’affaires pour 2010 dépassera le million de francs. Au point que Laurent, comptable, vient d’intégrer l’entreprise. Là, juste sous nos pieds, les quelque 1500 articles proposés en ligne sont entreposés, bien sagement, dans une cave.

Marina dans le Femina

Pourquoi cette ancienne infirmière née à Lyon en 1973, débarquée en Suisse il y a 8 ans, a-t-elle lancé son sex- shop? «J’étais déçue de ne rien avoir fait d’artistique dans ma vie. J’avais envie de faire quelque chose de mes regrets. et de me surprendre… J’ai découvert aussi que ma sexualité dépendait de moi: c’était d’abord à moi de me donner du plaisir, que ce soit avec un objet ou pas». Marina n’envisageait pas de quitter si tôt son poste à hôpital psychiatrique de Cery, à Prilly, pour se consacrer à son site à plein-temps. «Mais pendant l’été 2007, j’ai subi une agression par un patient violent, Je trouvais qu’il y avait plein de choses qui n’allaient pas au niveau de l’institution. J’ai déposé ma démission le lendemain. Je ne l’ai pas regretté! J’ai été vite débordée par la demande.»

Erotique mais pas vulgaire

Sur «Bonbon rose», on ne parle pas de «godemiché» mais de «dildo». Un mot plus «classe», pour des jouets éloignés des clichés habituels. Le gode couleur chair aux proportions herculéennes, c’est fini. Les dauphins et les canards vibrants aussi. Le sex-toy est entré dans l’ère du «design» (si vous en laissez traîner sous la table du salon, on le prendra pour un natel futuriste). On n’y trouve pas de films pornos non plus. «Je n’ai rien contre, s’ils sont respectueux. Mais je n’en commercialise pas, car je cherche toujours ceux qui correspondraient à l’esprit bonbon rose.» Une des clefs du succès de Marina, ce sont les ventes qu’elle a organisées chez ses clientes. C’est le même principe que pour les réunions Tupperware, en plus sexy. Mais ne dites pas «fuckerware», Marina a horreur de la vulgarité. Aujourd’hui, elle a formé 38 «ambassadrices» en Suisse romande, et cherche à s’implanter en Suisse alémanique. Cerise sur le gâteau, un stripteaseur «très sérieux», à la plastique avantageuse, agrémente les soirées sur demande. Autre secret de réussite, les commentaires persos de Marina, son humour, et sa vision pragmatique de la sexualité. «La femme attend toujours de son (ou sa) partenaire qu’il lui apporte le plaisir. Alors que ça dépend d’elle! La plupart des femmes ne savent pas où est leur point G, elles ne connaissent pas leur corps et la façon d’arriver au plaisir, mais elles attendent de l’homme qu’il le sache! Il faut se prendre en charge soi-même. C’est la condition pour s’épanouir en couple ensuite.»

Marina met aussi en avant ses connaissances d’infirmière, «Je continue de soigner les gens, si on veut. Les boules de geisha permettent de remuscler le périnée, de lutter contre l’incontinence et d’améliorer la sexualité. Des physios viennent s’approvisionner chez nous. On n’en parle pas assez aux femmes, on est encore plein d’interdit et de tabous sur le corps féminin.»

Est-ce que c’est facile, socialement, de diriger un sex-shop? Comment assume-t-elle par rapport à ses enfants de 5 et 9 ans? «J’en suis arrivée à la conclusion qu’il ne fallait pas décider de sa vie en fonction des autres. Peut-être qu’ils auront honte plus tard, mais les enfants ont toujours honte de leurs parents, de toute façon! Ils vont fouiller à la cave et m’ont déjà volé des canards et des chenilles vibrants… Je leur dis que ce sont des articles de massage, mais ils ne m’ont pas demandé pour quelle partie du corps! Je suis prête à leur en parler, mais quand ils me poseront des questions.» Pas de problème non plus du côté des voisins, «la dernière fête de l’immeuble, on a tous fini en bas, dans le stock.» Et de conclure: «Les Suisses ne sont pas coincés! J’ai eu des discussions extraordinaires pendant des réunions en Valais! A Genève, il y avait une grand-mère, sa fille et sa petite-fille. Un échange transgénérationnel magnifique.»

Les hommes aussi

Aujourd’hui, le site se diversifie: écolo sur bonbonvert, plus hard sur bonbonnoir. Et les hommes organisent des soirées «entre mecs», pour se venger de leur copine. «Ils sont de plus en plus nombreux à découvrir le plaisir prostatique, mais n’osent pas en parler.» Une panoplie d’accessoires ad hoc les attend donc sur bonbonbleu.ch.

Etre indépendant implique des horaires contraignants. Marina et Laurent partent rarement en vacances, sauf pour rendre visite à la mère de Marina, en Martinique. «Je n’ai pas beaucoup de loisirs, L’electro minimale, pour me mettre en transe. Jouer aux cartes, faire la sieste, recevoir des amis et danser la salsa! Mais je déteste le cinéma. Je suis trop impatiente pour attendre qu’une scène se termine. Et je ne lis pas, sauf quand je suis enceinte. C’est curieux. La dernière fois, je me suis surprise à dévorer Apollinaire. J’ai beaucoup aimé.» N’a-t-il pas écrit justement un roman érotique?

Info: www.bonbonrose.ch

 

Ses objets fétiches

1. L’œuf «Ça vient du Japon, c’est un masturbateur pour homme.» 15 Sfr. à l’unité. (Tenga Egg)

2. Le stimulateur clitoridien «Sa bille vous simule. L’objet mémorise votre programme de vibration favori.» Le SaSi, 251 Sfr.

3. Les boules de Geisha «Idéal pour faire travailler votre périnée.» Deux boules dans un coffret de la marque Lelo, 75 Sfr.